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Florian Schneider
Présentation :
Depuis quatre ans maintenant, Florian Schneider tisse une généalogie fictive, un fil tendu entre des images d’un autre temps et ses fantasmes d’artiste mêlant facture picturale et cybercréature, représentation féminine et histoire de l’art. Ses images, à ml-chemin entre peinture et photographie, restituées par tirages numériques, déclinent des portraits de femmes “peints“ sans modèles et sans peinture. Donnant ainsi naissance à une véritable galerie de portraits virtuels, il interroge l’image, ses codes, son intervention croissante et écrasante dans le domaine des arts plastiques. Ni art numérique, ni peinture d’après modèle, ni retouche photographique, le travail de Florian Schneider se double dune affirmation quasi militante du geste pictural et de la vision intérieure suggérée par l’artiste. « La pratique de la peinture n’est pas définie par la matérialité du support, assure-t-il. Pour moi c’est la main, le trait et la liquidité de la matière qui la définissent en tant que telle. Peindre sur un mode virtuel défend non seulement le geste pictural, mais permet encore de faire l’expérience d’une immatérialité tangible et sensible ». Une forme de résistance a l’image qui trouve paradoxalement son espace d’intervention dans son habitacle le plus radical l’ordinateur. Mais un ordinateur qui ne serait finalement qu’un passeur d’une grande souplesse technique, autorisant liberté, mémorisation des étapes et repentirs refusés dans la pratique de la peinture traditionnelle. Cette captation permanente du travail de l’artiste, de ses recherches et tâtonnements engendrent alors une forme d’atelier virtuel, archivant des milliers d’images, des milliers d’étapes, intégrant pleinement le processus de création dans l’œuvre. Une sorte de Work in progress dont témoignent les projections qu’il effectue parfois, sortes d’excursions au cœur de la matière numérique, de décomposition didactique et formelle du geste qu’il pratique en poussant l’image en bordure de l’abstraction. Palette graphique, pixels et texture virtuelle remplacent pinceau et touche picturale tout en maintenant fermement l’idée d’un espace sensible, plastique, modelé par l’exercice de la mémoire et de l’imagination. Alice, Claudia, Emmanuelle, inconnues spectrales fictives, privées d’histoire et de substance réelle renaissent alors sans cesse, déclinées en variations ininterrompues. Parallèlement à ces apparitions devenues familières. Florian Schneider renoue pour quelques mois avec l’histoire, la narration, le modèle, et son pays d’origine, en participant à une exposition collective consacrée à Catherine Il de Russie. La plupart des images dont s’est nourri l’artiste ont été puisées sur le web ou parfois photocopiées dans des ouvrages consacrés à la Grande Catherine. Des portraits transformés, recouverts de calques, pixellisés par la mauvaise qualité des fichiers voyageant sur Internet, renouvelés, compressés par une accumulation de traitements techniques, telle est la matière première privilégiée par Florian Schneider. Lentement, il a alors déplié tous ces filtres, ces reproductions de reproductions, auxquelles s’ajoute l’image d’érotomane autoritaire et sulfureuse véhiculée en Allemagne par la tsarine.
Autant d’écrans supplémentaires dont il s’est longuement imprégné, pour livrer finalement une interprétation numérique convertie en texture picturale du visage de Catherine Il. Encore une manière d’interroger le statut de l’image et, surtout, une étape de plus vers la réintégration du geste du peintre.
L’œil – Janvier 2004
Rubrique : Ultracontemporain, partenariat l’œil et France Culture
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