Régine Kolle
Expositions :
KOLLE Regine - Rainbow inn hotel komplex
KOLLE Regine - Paris / Londres
Présentation :
Il est tout sourire, torse nu, la peau rose et les cheveux si longs qu’ils dégoulinent jusqu’au sol, en phase avec la terre. Un revival hippie ? Une extase mystique? Cette toile, Earthconnection de Regine Kolle, pourrait passer pour cela, le portrait d’un bienheureux, hardrocker, mari de la coiffeuse ou de la jardinière. Mais c’est aussi un jeu (à partir) des formes et de la peinture, qui coule tellement ici qu’elle fusionne presque deux motifs distincts : les cheveux donc et un petit tronc d’arbre.


La scène est un peu grotesque et hilarante, à l’image de la peinture de Regine Kolle, traversée de figurines ultra-colorées, roses ou mauves, vertes avec la tête jaune ou orange électrique sur fond violet. Tout un petit peuple y prend forme, court sur pattes ou gracieux, épais ou filiforme, mines béates ou hébétées, mélancoliques ou grimaçantes. Mais, comme l’artiste aime à le penser, ces drôles de personnages nous scrutent autant qu’on les fixe. Regine Kolle initie donc un face à face silencieux, entamé sur des bases pas très sérieuses, mais finalement un peu énigmatiques. Du coup, question obligée et très rituelle : qui nous regarde là ? Certes, il est facile de nommer et de repérer les membres de cette comédie humaine, parce que l’artiste les baptise : il y a là Wendy, post ado un peu trop grosse et déjà un peu trop vieille pour porter ces couettes brunes ; Harakirigirl trop morbide quand elle se balade avec son méchant poignard qu’elle retourne sans frémir contre son ventre blanc ; et Kai, le très spécial kai, beau mec, musclé, gueule carrée, torse velu de James Bond et démarche chaloupée de Clint Eastwood. Kai a tout pour lui. Mais comme tous les autres, manifestement Kai ne s’en satisfait pas : la langueur l’accable et tombe sur lui comme une bulle de savon. Voilà, cernés de contours alertes, un peu divagants, épaissis par des aplats, noyés parfois sous les couleurs du fond, les personnages apparaissent souvent comme des petits fantômes un peu trop légers ou un peu trop aériens. Ils habitent le monde contemporain, ses bar, ses lofts, ses sofas branchés, ses piscines immaculées, ses salles de sport, ses cimetières avec un air curieusement absent, discret et distrait. En beuverie, en plein mariage, ou dans des situations plus extraordinaires, ils semblent ailleurs. Du cœur de la toile, ils semblent montrer le cours de leur dérive vers des abîmes de perplexité.


Un petit peuple mouvant qui donne corps à une peinture animée. Les hachures, les lignes serpentines, la maladresse feinte du trait rappellent l’origine graphique de ces scènes. Si le cahier de croquis de Regine Kolle en témoigne, c’est plus encore le tout nouveau format de sa création qu’il faut observer : ses petits films d’animation sont parfaits. Qu’ils suivent une trame narrative ou qu’ils s’en tiennent à des enchaînements graphiques, ces dessins animés font hoqueter, en musique, couleurs et personnages : ceux-là se lancent ici un nouveau bal très groovy. Simplement, ils dansent tous un peu seuls. Des clones tristes, voilà qui nous regardent.


Judicaël Lavrador

Will you still need me? 
To be or not 
Small Rainbow Inn 
Red lambkin 
Nurse in love 
Dogwalk 
Never look back 
Nacked bowling 
Spacestreching